Charles :

Le samedi matin on est réveillé à 6h30 par qq qui tape à la fenetre (c’est le Principal qui est responsable du Farm institut, là où l’on vit). Iza va voir et elle comprend que qq est malade et qu’il demande s’ils peuvent utiliser la voiture pour l’amener au centre de santé à 4 km.

Je sors pour comprendre mieux la situation. Je comprends que qq est malade dans le farm institut et qu’il demande si je peux l’amener au centre de santé. Je reponds que ça n’est pas ma voiture et que je ne peux pas transporter d’autre personne que les personnes du projet  (en effet, je dois justifier tous les Km effectués et rembourser l’utilisation personnelle de la voiture). Je leur conseille donc d’appeler une ambulance (c’est une moto ambulance qui est stationnée au centre de santé).

Ils disent ok et s’en vont. 10 min plus tard on voit un minibus qui s’arrête devant la maison de notre voisin (on se dit ça va, ils ont trouvé un moyen de transport rapidement).

15 min plus tard, on entend des plaintes des femmes devant la maison (des femmes qui pleurent, ça nous a fait penser à des pleureuses). On se dit « Elles sont inquiètes » (on avait déjà vécu ça lorsque le voisin avait reçu un coup sur la tête et qu’il saignait et aussi quand la voisine et sa fille se disputaient, elles se lamentaient très fort).

Donc voila, après 1h, tout se calme. On part à Blantyre et on revient.

Vers 13h on repart pour un openday qui se passe le WE (dans ce coin-là, la majorité des activités se font le WE car en semaine il y a pas assez de monde). En chemin, on voit le Principal et je lui demande des nouvelles de la personne malade. Il nous annonce qu’il est mort et que c’était notre voisin (le père d’Enocky qui joue souvent avec Siloé). Là, on tombe de très haut. Premièrement, on n’avait vraiment rien compris de la gravité des événements (on pensait qu’une fois de plus il demandait la voiture pour un transport, de la même façon que quand ils en ont besoin pour déménager ou pour un mariage) et deuxièmement on n’avait pas compris que c’était le voisin !

Si j’avais compris, je serais allé voir (mais ils ont juste demandé la voiture et pas si je pouvais les aider). Il est mort très vite (une maladie fulgurante),je pense que je n’aurais rien pu faire et que si je l’avais transporté il serait mort dans la voiture vu qu’il a fait une syncope dans les 10 min!

On est allé le dimanche à l’enterrement. On était super mal à l’aise. On a essayé d’expliquer à Paul et à Soul que, vraiment, on n’avait rien compris de la situation.

Problème de langue : le principal ne parle pas bien anglais.

Problème de culture : quand tu prends une décision ici tout le monde l’accepte (même si elle est vraiment mauvaise, y’a personne pour essayer de te convaincre ou de t’expliquer différemment …)

 

On est assez secoué de tout ça.

On vit la fable du garçon qui criait au loup mais à l’envers ! Lorsque j’ai lu cette histoire je me suis dit Pauvre garçon, il a fait le con et il s’est fait bouffer. Mais on pense jamais aux villageois qui ont trouvé les restes du garçon et qui sont pas venus car ils croyaient encore une fois que c’était une blague et qui sont plein de remords …

 

Pas facile car on est plein de préjugés, on a un imaginaire qui fait qu’ils demandent toujours plein de choses, qu’ils abusent, qu’on ne peut pas tout accepter, qu’il faut mettre des limites… Mais cette fois, les limites n’étaient pas les bonnes …

On vous expliquera plus tard comment se passe un enterrement ici, c’est intéressant, mais pour le moment c’est trop frais…

 

 

iZa :

« Someone is sick and we need a transport to pick him to the hospital » (sachant qu’ici, l’hôpital désigne aussi le centre de santé le plus proche)… Eh bien, oui. La traduction exacte était : « Y’a votre voisin qui fait un malaise, il tousse très fort, il ne sent plus ses jambes et il a besoin d’être emmené de toute urgence à Blantyre ! » Sauf qu’on n’a pas eu la traduction…

On n’a pas capté l’urgence parce que personne ne s’affolait et que personne ne nous l’a dit. On se sent con et pitoyable de n’avoir pas su comprendre, juste parce qu’ici les gens se comportent et disent les choses différemment… juste parce qu’on nous avait déjà demandé des choses sans importance de la même façon et d’aussi bonne heure.

Même si on sait qu’on ne pouvait pas lutter contre une mort aussi rapide, ça fout un choc et on passe pour ceux qui n’ont pas voulu aider. Et, pas de bol, ce jour-là, le watchman qui gardait la maison est le seul qui ne parle pas un mot d’anglais, pas de bol, c’est arrivé si tôt qu’aucun membre de notre staff n’était là pour nous dire les choses clairement (parce qu’ils ont compris nos lacunes et hésitent beaucoup moins à nous faire comprendre les choses, ils nous parlent plus directement). Bref. On a compris trop tard, 6 heures après… On passe pour des salauds et certaines personnes nous en veulent, on ne peut que les comprendre… La maison des voisins est vide et je ne pense pas que la famille reviendra là. L’atmosphère est tendue, on se sent mal. Dans notre staff, ça va, parce qu’on a pu s’expliquer, qu’ils nous savent sincères je pense et qu’ils ont compris sûrement davantage que les autres la gravité de ce qui a emporté notre voisin, mais bon… On va laisser passer la semaine, on part en w-e prolongé ensuite et on verra. Paul nous a proposé d’aller lui-même parler au Principal pour lui expliquer les choses. A suivre…

En attendant, on continue à travailler dans une bonne ambiance, mais le cœur lourd.